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  • elenahoye1

La fille qui parlait ours de Sophie Anderson



A partir de 8/9 ans, je dirai.

Une petite douceur pour les lecteurs qui, comme moi, aiment lire des belles histoires simples par les jours d’hiver brumeux ! Dans ma petite bibliothèque des métamorphes, j’ai fait une place à Yanka l’ourse. Sophie Anderson m’a embarquée dans son pays de forêts et de rivières glacées. Son récit est construit comme des poupées russes, normal on est à l’est, me direz-vous. Il est aussi fidèle à la structure des contes imbriqués traditionnels dont il s’inspire clairement, tout en possédant sa propre patte (le jeu de mot était trop tentant, je n’ai pas pu résister).


“Et c’est ainsi que je commence l’histoire, comme le ferait Anatoli, par :

-Il était une fois…” Yanka, donc, est une fillette de douze ans. Plus grande que les autres (je sais bien ce que ça fait !), plus forte aussi. Si forte qu’elle doute de faire vraiment partie de cette petite communauté qui l’a accueillie depuis que sa Mamochka l’a trouvée, toute petite, toute nue, devant une grotte d’ours. Si forte qu’elle entend la forêt qui l’appelle et qui lui demande prendre sa place au sein des bois.


Alors, quand son corps s’impatiente, Yanka n’a plus vraiment le choix : difficile de passer inaperçue quand des pattes d’ours dépassent de sa jupe ! Mais veut-elle vraiment passer inaperçue ? N’est-ce pas la chance inespérée de percer le mystère de sa naissance et de partir à la recherche de sa “vraie” famille ? N’est-ce pas la chance de montrer autant de courage que les héros des histoires que lui raconte Anatoli, ce bûcheron un peu sauvage qui vient régulièrement leur rendre visite, dans la maison de Mamochka ?


Bien sûr, les réponses ne sont pas si simples, et les compagnons de voyage de Yanka sont là pour lui permettre de ne pas perdre son chemin et pour se confronter à des vérités parfois difficiles et des alliés parfois improbables. La loyauté de Sacha, son meilleur ami. le flegme presque anglais de son furet, Moustache. La sauvagerie altière d’Ivan, le loup blanc, la vulnérabilité de Youri, le jeune élan blessé. Nous sommes dans les confins glacés de pays slaves, alors on peut aussi croiser l’étrange maison à pattes de poules d’une Baba Yaga hors du commun et de sa fille Elena (qui m’ont donné envie de lire son précédent ouvrage La maison qui parcourait le monde). Et bien sûr, la tsarine Ourse, qui règne sur sa forêt. Mais si c’est clairement le centre de son monde, et si ses racines sont entremêlées à celles de Yanka, cela veut-il dire que c’est celui de la fille-ourse ?


A cela, et bien d’autres questions, Yanka devra trouver ses propres réponses, et tracer son propre chemin, comme bien des pèlerins avec elle. L’histoire est simple, elle peut être lue par des enfants plus jeunes comme par les adultes en mal de contes. Mais elle est forte et puissante, comme Yanka. Et elle contient comme un goût de forêt. Vous savez, ces livres qui parlent si fort des branches du grand Tilleul, qu’on sent comme un écho du vent dans ses feuilles ? Et moi, je ne peux pas résister à l’appel de ce vent. Alors, je vous souhaite, à vous aussi, de laisser souffler le vent d’est, et d’écouter l’ours qui s’agite en vous. Peut-être qu’il est là pour vous parler forêt.

Alors, oui, j’ai conscience que Sophie Anderson ne cherche pas à renouveler le genre des contes. L’adulte qui prend le chemin de ces pages reconnaîtra bien des paysages, bien des situations… et ne sera pas autrement surpris, ni par le voyage ni par sa fin. Il sourira moins que les jeunes lecteurs de certaines péripéties, piétinera peut-être un peu sur place sur d’autres passages. Mais moi, je ne piétine pas quand on m’offre une histoire douce comme un pelage d’ourse. Parce qu’elle a du coeur et de l’âme, et un fumet de poissons d’argent. Et que dans notre société où parfois, comme Yanka, je promène des pattes d’ourse, cela vaut son pesant… d’or.


Oh, et bien sûr, je ne peux pas finir cette petite chronique sans louer les magnifiques illustrations de Kathrin Honesta qui parsèment le livre et contribuent à la magie qui s’en dégage.


“Mais les sons et les odeurs de la forêt entraient par les fenêtres ouvertes, et Anya, Dimitri et leur fils étaient désormais des ours. Museaux frémissants, oreilles en mouvement, ils passaient du château à la forêt et de la forêt au château sans cesser de danser, tournoyant sur les mélodies des oiseaux, virevoltant sur les harmonies des abeilles et bondissant au rythme des battements de pied du lièvre des neiges.


Anya ressentit le pouls de la forêt plus fortement que jamais. Elle dansa de plus en plus loin entre les arbres, traversa des ruisseaux bouillonnants de poissons d’argent, escalada des montagnes vibrantes de neige, s’enfonça dans des grottes qui sentaient la terre et l’automne.


Pendant un temps, Dimitri et leur fils dansèrent avec elle, mais, au fil des saisons, leur danse devint différente et Anya se retrouva seule dans une haute grotte.


Contemplant la forêt et sa musique qui s’offraient à elle, elle se sentait appartenir à un monde de beauté.”


La fille qui parlait ours, p. 187/188

The girl who speaks bear - translation très fluide de Marie-Anne de Béru





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