• elenahoye1

To speak for the trees - Au nom des arbres de Diana Beresford-Kroeger

Dernière mise à jour : 14 nov.


"Nous sommes tous des peuples sylvestres. Comme les arbres, nous portons la trace génétique du passé, car les arbres sont connectés à l'enfant qui vit en nous. Nous ressentons combien cette histoire partagée se remet en mouvement à chaque fois que nous pénétrons dans une forêt, où la puissance de la nature nous appelle d'une voix qui dépasse notre imagination. Même chez ceux d'entre nous qui se sont coupés des arbres depuis des années, cet appel est là, au fond de notre mémoire. Il attend que nous nous rappelions...

En racontant ma vie, en parlant des feuilles, des racines, des troncs, des écorces et des tiges qui y sont connectés, j'espère réveiller cette mémoire. J'espère vous rappeler à quel point la forêt est plus qu'une ressource à piller. C'est notre pharmacie collective. Ce sont nos poumons. C'est le système qui régule notre climat et nos océans. C'est le manteau de notre planète. C'est la santé et le bien-être de nos enfants et de nos descendants. C'est notre foyer sacré. C'est notre salut."



De son enfance sous l'égide des Elders celtes des O'Donoghue en Irlande à ses recherches scientifiques poussées, la biologiste Diana Beresford-Kroeger a consacré sa vie aux arbres. Dans cette autobiographie incroyable, elle nous livre son plaidoyer vibrant en faveur de l'interconnexion vitale qui nous lie à la forêt.


J'avais découvert la botaniste et biochimiste Diana Beresford-Kroeger dans le documentaire The Call of the Forest - L'appel de la forêt. Curieuse d'en savoir plus sur cette scientifique de pointe qui parlait de la sagesse celte comme du terreau dans lequel elle avait appuyé son histoire, j'ai dévoré To speak for the trees. Littéralement, "Parler au nom des arbres". Qui ose encore se dresser et parler au nom des arbres?


Diana, en revenant sur son parcours hors du commun, nous exhorte à devenir des ambassadeurs de la forêt, à développer une nouvelle compréhension de notre relation à la nature pour restaurer la forêt globale et lutter contre le changement climatique. Elle propose des solutions précises, et donne la parole à d'autres experts, scientifiques et elders indigènes auprès desquels elle combat pour sauvegarder des zones victimes de la convoitise humaine.


Dans la première partie du livre, elle nous raconte son parcours, notamment son enfance incroyable. Orpheline au double héritage - aristocratie anglaise et elders celtes - elle devint, à la mort de ses parents, la dernière pupille du clan O'Donoghue en Irlande, qui lui a appris ses anciennes pratiques, ancrées dans la sagesse celte des Brehon Laws2. J'ai été très touchée par cette partie du livre, qui nous donne à voir une sagesse indigène européenne à la lisière de l'extinction. Lisheens, la vallée de son enfance, distille un sentiment de sacré et de nostalgie.... Comment a-t-on pu perdre ces repères simples et beaux? Comment les colons britanniques, en faisant tomber les arbres d'Irlande, ont-ils contribué à éradiquer cette sagesse millénaire nouée autour d'une alliance ente hommes et arbres? Diana dénoue ensuite le fil de sa vie, sa lutte pour poursuivre ses études scientifiques, ses recherches autour des arbres, ses combats.


"Quand nous marchons dans une forêt -quelle que soit sa taille- nous entrons dans un état et nous en repartons changés. Plus calmes. Nous en ressortons, sachant que quelque chose d'important s'est passé. La science a des mots à mettre sur cette expérience sacrée. Nous savons maintenant que les alpha pinènes et béta pinènes produits par la forêt ont un effet concret sur notre humeur et affectent notre esprit et notre système immunitaire. Le pinène rejeté par les arbres, est absorbé par notre corps, et nous aide à ressentir ce sentiment de faire partie de ce que l'on voit. Marcher en forêt est un bol d'air frais pour notre esprit et notre âme, qui régénère notre imagination et nos capacités créatrices. Pour moi, c'est un miracle, et il y a tant de ces miracles du monde naturel encore à découvrir

Nous ressentirons la joie de ces miracles. Nous sauverons les forêts et la planète. Les arbres nous disent comment le faire - tout ce qu'il nous faut faire, c'est d'écouter et de nous rappeler."3


Dans la deuxième partie du livre, Diana Beresford-Kroeger nous livre l'alphabet celte des arbres, l'ogham tel qu'elle l'a appris petite, puis enrichi de sa pratique auprès des arbres. C'est le premier alphabet connu de l'Europe, l'Ogham, dans lequel chaque lettre est liée à un arbre. Chaque lettre et son arbre compagnon y sont détaillés et expliqués, avec des anecdotes et des faits scientifiques liés à l'arbre en question.






Notes:


1-To speak for the trees, p. 2-3, ma traduction

2-les lois Brehon, étaient des textes de lois très anciens gaéliques appliqués en Irlande par les Brehons, qui étaient des genre de médiateurs ressemblant aux druides bretons. On les appelle aussi Féineachas (English: Freeman-ism) or Dlí na Féine (English: Law of Freemen). Elles semblent avoir subsisté en parallèle dans la société irlandaise jusqu'à une période récente, mais Diana Bererford-Kroeger est la première personne que j'entende parler d'elders suivant ces lois dans l'Irlande du XXieme siècle: elle précise d'ailleurs bien qu'ils sont les derniers détenteurs de ces coûtumes et qu'ils sont vieux. On retrouve sur le net des articles qui donnent des visions très variables de ces lois, qui n'avaient de commun que le nom puisqu'elles se sont appliquées dans des royaumes très différents, sur des périodes de temps longues, qu'elles étaient transmises oralement, puis qu'elles ont été écrites par des moines chrétiens.... Bref, un sujet passionnnant qui mériterait un article de blog à lui tout seul!

Pour en savoir plus (en anglais): https://irishfolklore.wordpress.com/2018/09/02/the-brehon-laws/

3-To speak for the trees, p. 185-186, ma traduction